
Crise ou pas crise? La question semble tarauder l’esprit des opérateurs de la ville de Tanger. En tout cas, s’il y a crise, elle ne concernerait que le segment le plus élevé, le haut et le moyen standings. Quant au logement économique, il connaît, à n’en point douter, une progression soutenue.
Faute de chiffres officiels, une simple tournée chez les spécialistes de l’économique permet de se rendre à l’évidence: la demande est là et les délais de livraison sont pour certains lotissements de deux à trois ans. Sur ce segment, les prix n’ont pas connu de grandes augmentations, ne dépassant pas les 3.500 DH le mètre carré; même si la pratique du noir continue d’être omniprésente et de pousser artificiellement vers la hausse des prix.
Dans le segment moyen et haut standings, c’est un paysage tout différent qui se laisse découvrir. Selon plusieurs opérateurs, les ventes sur le segment du haut standing seraient rares, pour ne pas dire nulles. Au cours des six derniers mois, la chute serait de 50 à 80% selon certains opérateurs. Les prix par contre continuent de donner des vertiges. La moyenne pour le haut standing varie actuellement entre 15.000 et 25.000 DH le mètre carré pour un appartement situé au centre-ville, plus encore s’il est situé sur la baie.
La baisse se trouve corroborée par les services du Cadastre. Selon des sources des services concernés, le gros des immatriculations concernerait des ventes réalisées dans le segment de l’économique et des maisons unifamiliales. Le haut de gamme n’y représenterait en 2008 qu’une partie très faible.
Même la saison estivale n’a pas permis de redresser la barre. L’été concentre en effet le gros des ventes immobilières, mais le cru 2008 a été l’exception. D’autant plus qu’en 2007 ce sont quelque 30.850 logements de natures diverses qui ont été autorisés à Tanger, soit une superficie totale de quelque 3 millions de mètres carrés, selon des chiffres du département de l’Habitat. Une grande partie de ces constructions devait être livrée en 2008. Ce chiffre constitue un record absolu enregistré par la capitale du détroit. Il est en croissance de près de 30% par rapport à l’année 2006, où ce sont plus de 23.000 logements qui avaient été autorisés.
Du côté des terrains, leur rareté empêche toute analyse rationnelle. Au centre-ville, il n’existe plus de terrains vides pouvant accueillir des projets immobiliers de plus de 600 m2. C’est ce qui explique que les prix peuvent défier toute logique et atteindre les 40.000 DH au mètre carré.
En périphérie, le prix du mètre carré se fait plus raisonnable et selon plusieurs sources il aurait même connu une nette baisse de près de 10% passant de 4.000 DH à moins de 3.600.
Les nouveaux noyaux urbains programmés permettront d’un autre côté de réduire la charge sur l’aire métropolitaine de Tanger. Les futurs quartiers d’Al Irfane en cours de construction, et les nouvelles villes de Melloussa, Gzenaya et Ksar Sghir apporteront une offre en matière de foncier de plus de 1.500 hectares. De quoi amener un bol d’oxygène au secteur, sauf si les spéculateurs s’en mêlent.
L’économique explose
Sur les 30.000 projets autorisés en 2007, plus de 7.200 relèveraient de l’économique. Selon le ministère de l’Habitat, cette cadence devrait permettre d’éponger le déficit en logements que connaissait la ville de Tanger. Mais si la crise s’installe, le nombre de logements autorisés risque de ne pas se traduire dans la réalité.
Actuellement les besoins de la ville sont de 8.000 logements par an en moyenne, ce qui est largement compensé par la production moyenne annuelle sur les cinq dernières années qui se situe à près de 15.000 logements par an.
leconomiste.com
Ali ABJIOU